« Scopophilia, the Love of Looking »

La première fois que j’ai entendu parler de Nan Goldin, ma connaissance de la photographie se résumait à peu près à Doisneau, Capa et Cartier-Bresson.

Plutôt pauvre, n’est-ce pas ?

Alors imaginez le choc que ce fut pour moi de me retrouver confrontée à de la photographie contemporaine ; car c’est bien de cela dont il s’agit.

Heureusement, j’avais une culture un peu plus étendue dans d’autres domaines, ce qui m’a permis d’appréhender cela non sans armes.

Il faut bien l’admettre, l’Art Contemporain est pour le néophyte un monde parallèle totalement incompréhensible.

« Où est l’intérêt ? Qu’a-t-il/ elle voulu dire ? » sont souvent les réactions qui fusent à ce propos.

La première fois donc que j’ai été en « contact » avec le travail de Nan Goldin, je m’y revois comme si c’était hier (et pourtant c’était il y a presque 10 ans), errant dans les allées de l’expo que Beaubourg lui consacrait. Désorientée, troublée meme car oui ,c’est le genre d’expo qui ne te laisse pas de marbre. De celles qui bousculent toutes tes émotions, qui chatouillent tes sens. Bref, ça retourne.

Son travail est un ensemble assez singulier ou le spectateur se sent « happé » par son monde. Peinture de l’intime, condition humaine, archétypes communs, mémoire collective, malaise d’une société, histoires dans lesquelles on s’identifie et/ou on s’interroge, la photographie de Nan Goldin renvoie à ses propres questionnements. Elle met également en avant l’importance de la relation avec le sujet photographié.

L’œuvre de Goldin est inséparable de sa vie. C’est en photographiant les siens qu’elle entame son œuvre. Par la suite, celle-ci reste proche de l’album de famille. Des années durant, elle photographiera ses amis souvent issus de milieux marginalisés (gays, punks, travestis..) et abordera sans tabou des thèmes tel que la fête, la drogue, la violence, le sexe, le sida, l’angoisse de la mort.

Ces photos prisent du début des années 80 jusqu’au milieu des années 90 forment plusieurs ensembles : The ballad of the Sexual Dependency, I’ll be your Mirror & All by Myself.

L’esthétique instantanée de ces images dépeint la vie de Goldin; ce sera sa signature.

Moins trash qu’un Larry Clark, néanmoins pas vraiment grand public, elle demeure à mes yeux une artiste contemporaine incontournable, sur qui il faut compter.

Mais comment la rendre abordable ???

Sa nouvelle expo est l’opportunité que j’attendais.

Invitée par Patrice Chéreau au Louvre pour produire un travail sur le thème « visage et corps », l’artiste a pendant plusieurs mois photographié tableaux et sculptures. Elle affirme avoir été troublée par toutes ces œuvres, jusqu’à être obsédée par elles.

En fait ce travail procède de la même démarche que lorsqu’elle enregistrait la vie de ses amis, de ses proches : de manière continue, obsessionnelle.

Elle a ensuite juxtaposé des images jamais vues de sa vie avec des tableaux de collection du musée.

Elle a appelé ce projet « Scopophilia, the Love of looking”.

“La scopophilie consiste à ressentir un désir intense éprouvé et assouvi par le biais du regard. C’est ce que j’ai compris que je faisais dans ce musée » dira-t-elle.

En attendant, elle nous livre ici une série de photo qui nous interpelle, en ouvrant derechef de nouvelles portes aussi bien dans la perception de la peinture classique que dans sa photographie.

Et bien qu’elle s’inspire des codes des maitres de la Renaissance, elle sait rester elle-même. On retrouve son style, sa vision subjective et personnelle.

Toujours dans le sensuel, le sensible, l’intime, elle imprime une nouvelle fois avec brio l’éternité d’une émotion.

Pure.

Authentique.

La maturité?

 

Matthew Marks Gallery New York

523 W 24th St New York

NY 10011 – Etats Unis.

A partir du 23 décembre.

 

(Pics from Nan Goldin)