On the road again….

Attention, c’est reparti !

Sur la route, œuvre phare de la « beat generation » écrit par Jack Kerouac, vient enfin d’être adaptée sur grand écran cinquante ans après sa parution.

Premier long métrage – d’autres suivront comme Howl ou Kill Your Darlings– mettant en scène un des membres de la trinité Kerouac-Ginsberg-Burroughs, Hollywood s’est emparé de l’esprit bad boys des fifties et érige en phénomène de mode ce qu’il reste de ce mouvement littéraire et culturel. Rappelez vous, la « beat generation »  c’est une jeunesse désabusée, intello, adepte de philo, de jazz, de nuits sans sommeil, nourrie d’alcool, de drogues, de sexe, de larcins, de délires poétiques, de vagabondage sans argent, de vie collective trépidante, de mysticisme, de quête solitaire oscillant entre folie et sagesse…bref, cela regroupe tout ce qui peut être un défi à cette Amérique conformiste et bien-pensante d’après-guerre.

Alors ressortons les pantalons chino, nos chers Levis, les chemises à carreaux ou nos t-shirts basiques les plus cague-brailles, l’heure est au style hobo.

Out le « flower power » des seventies et le « peace and love » trop stérile ; notre époque en quête d’authenticité tente de renouer avec ses racines. Et il semblerait que ce mouvement emmené par Ginsberg qui proclamait le refus de cette société industrielle et ultra-consumériste ainsi que le désir de retrouver de vraies valeurs à travers le voyage soit toujours d’actualité et concentre en outre bon nombre d’ingrédients qui font affreusement défaut à notre époque en mal de révolte.

Bon, sinon on peut aussi faire fi de tout cela et considérer le film pour ce qu’il est : un road-movie réalisé par le réalisateur brésilien Walter Salles (le même qui a réalisé « Carnets de voyage » sur la vie du Che) sur une commande de Francis Ford Coppola, rassemblant de très bons acteurs comme Sam Riley, Garrett Hedlund, Kirsten Stewart, Kirsten Dunst, Vigo Mortensen ou encore Alice Braga.

Pour la petite histoire, Kerouac lui-même souhaita porter son livre à l’écran avec Marlon Brando et James Dean dans les roles principaux, mais le projet n’aboutit pas. D’autres réalisateurs s’y interessèrent dès les années 60 mais c’est finalement à l’aube des années 70 que Francis Ford Coppola, après avoir créer sa société de production Zoetrop, acheta les droits. Coppola voyait en cette adaptation une grande aventure. Elle fut longue. Il proposa d’abord la réalisation à Jean Luc Godard puis à Gus Van Sant, mais il dut encore attendre « quelques » années et Walter Salles pour qu’enfin le projet prenne vie.

En attendant le 23 mai, date de sa sortie officielle, je vous laisse découvrir quelques photos du film ainsi que la bande annonce.

Enjoy!

(Pics from MK2 – On the road by Walter Salles, Allen Ginsberg Estate, Arnaud Contreras & hipstvintage.tumblr.com)

 © MK2

©MK2©MK2 Neal Cassidy (ami de Kerouac, dont ce dernier s’est inspiré pour créer Dean Moriarty personnage obscur et fascinant, l’anti-heros par excellence de Sur la route) & Anne Murphy ©Allen Ginsberg Estate.©MK2Jack Kerouac et Neal Cassidy (source unknown)©MK2.

 « Etre « beat » c’est rejeter le passé et le futur, se rebeller contre toute autorité organisée, mépriser le « square » (mot qui signifie à la fois carré et honnête)

(…)

Le « Beatman » s’oppose au « Square » (…).Il a rejeté le mensonge social, il s’est enfui sur les routes d’Amérique, loin de l’Est industriel, les poèmes de Rimbaud dans une poche (…) désespéré, lucide, dur au cœur tendre, pauvre affamé – « beat » enfin !Et à travers le continent « gémissant et terrible », chanté par Whitman, par Mark Twain, par Thomas Wolfe, il a crié sa détresse, sa haine des poètes formatés (…) ; il a trompé sa faim en fumant de la marijuana, il s’est saoulé à mort le samedi soir dans une petite ville des Rocheuses, il a mordu la poussière, passé quelques mois peut être dans une maison de correction ou il s’est un peu converti (…), et un beau jour, dans une vieille bagnole volée avec des copains de rencontre, il est arrivé sur la route de Sacramento jusqu’au point d’où l’on découvre San Francisco toute blanche au-dessus de la mer, et il s’est écrié comme les marins du Pequod apercevant Moby Dick : « Voilà, elle souffle ».

C’est cette chasse épique jusqu’aux fantastiques confins de l’Amérique, cette quête passionnée d’un « Achab en délire » et de son équipage « d’anges déchus » que conte Jack Kerouac dans Sur la route.

(…)Il y a une (…) monotonie qu’il faut apprendre à aimer si l’on veut comprendre l’œuvre de Kerouac : c’est celle du Jazz, « hot » ou « cool ». Il faut lire les pages de ce roman comme on écoute des heures durant, dans une salle obscure, un orchestre de Jazz. Il faut se laisser doucher par les accords du piano, déchirer le tympan par la trompette, mettre les nerfs à vif par le saxophone et la batterie, jusqu’au trépignement, jusqu’au délire. »

       Michel Mohrt _ préface du roman Sur la route aux Editions Gallimard

« J’entrevois la grande révolution des sacs à dos. Des milliers, des millions de jeunes américains bouclant leur sac et prenant la route, escaladant les montagnes pour prier, faisant rire les enfants, réjouissant les vieux, rendant heureuses les jeunes filles et plus heureuses encore les vieilles, tous transformés en fous du Zen, lancés de par le monde pour écrire des poèmes inspirés, sans rime ni raison, pratiquant la bonté, donnant l’image de la liberté par leurs actes imprévus, à tous les hommes et même à tous les êtres vivants. »

                               Jack Kerouac _ Les Clochards Célestes ,1958.